La maison de "Bonne-Maman" Maillot

Jules Maillot, le grand-père du général de Gaulle, est décédé en 1891. L’habitante principale de la demeure, entre 1891 et 1912, fut donc sa veuve, Julia Maillot. C’est ainsi l’intérieur et la vie d’une veuve qu’a connus Charles de Gaulle dans son enfance.

 

Si la maison de la rue Princesse était pour les familles de Gaulle, de Corbie et Maillot une maison familiale où il était possible de se retrouver, en dehors de ces visites et des déjeuners de famille, la demeure est la maison d’une personne âgée, pieuse, dont la vie est consacrée à Dieu et aux siens.

 

  • L’atmosphère feutrée d’une maison empreinte d’austérité et de piété

    En dehors des visites des enfants et petits-enfants, la maison est donc calme et silencieuse. C’est la demeure d’une personne dont la vie est dédiée à sa famille, aux pauvres gens et à Dieu qui tient incontestablement la première place dans sa vie.
    Par conséquent une atmosphère feutrée et de grande piété règne dans la demeure. L’agitation du monde ne franchit pas les murs de cette maison sombre et lambrissée. Il semble que la personnalité de son habitante soit largement responsable de l’ambiance qui y régnait. En effet, toutes les personnes dont nous avons pu recueillir le témoignage s’accordent pour la qualifier de femme stricte, d’esprit « janséniste », très pieuse et très prude, dont l’austérité et l’attachement à Dieu influençaient profondément la vie quotidienne.

    La journée de Madame Maillot commence par la messe de 7 heures à l’église Saint André, située rue Royale, à quelques mètres de la maison, et se poursuit au rythme de ses prières. Toute la vie de la maison est strictement réglée. Ainsi, les horaires des repas sont réguliers et les menus préétablis pour la semaine sont servis le même jour à la même heure d’une semaine sur l’autre. Comme l’écrit son fils, Jules Maillot, dans sa Généalogie anecdotique de la famille Maillot-Droulers, Madame Maillot « ne connaissait que le côté sérieux de la vie, et était dévouée à son mari, à ses enfants et à ses parents à tous les degrés, et au service de Dieu ».
    Les seules joies et distractions qu’elle s’accorde sont celles de la famille. Si elle dit aimer les arts et les « productions de l’esprit » ce n’est le cas qu’à la condition « qu’ils pussent mener à Dieu ». Ainsi, bien qu’un piano trône dans son salon, elle n’en joue sûrement pas, laissant ce soin à ses enfants. Une anecdote rapportée par André Frossard montre les craintes de Madame Maillot au sujet de la musique. Dès qu’elle entend de la musique au salon, elle s’empresse d’aller vérifier ce qui s’y passe. D’ailleurs, elle est tout aussi méfiante à propos du théâtre, qu’elle considère comme « la maison du diable » ou de la danse, qu’elle interdit à ses enfants.

    Néanmoins, cette vie austère était modifiée par les visites et les séjours de ses enfants et petits-enfants. En effet, Julia Maillot souhaite que sa demeure soit un lieu de bonheur pour ses petits-enfants. Elle leur cède donc trois des chambres du premier étage lorsqu’ils sont en visite et accepte, dans une certaine mesure, leurs jeux et leurs distractions.
    La famille de Gaulle séjourne à Lille pendant les vacances de Pâques, mais également à la fin du mois de septembre au retour des vacances sur la Côte d’Opale et à la Saint-Nicolas. Mme Maillot se montre généreuse avec ses petits-enfants, en leur donnant trois francs à chacun pour la Foire de Lille en septembre, par exemple. La Saint-Nicolas est l’occasion pour les enfants de recevoir des fruits et des légumes en massepain qui les comblent de joie, comme le rapporta souvent Pierre de Gaulle à sa fille, Madame Gamblin.

 

  • Cache-cache et bataille de soldats de plomb

    Les visites de la famille de Gaulle donnent souvent lieu à de grandes réunions de famille auxquelles sont associées les familles de Corbie et Maillot. Ces séjours sont, pour les enfants, synonymes de jeux. Ils ne restent pas avec les adultes et sont confiés aux domestiques auxquels Mme Maillot accorde toute sa confiance. Ils ont fait du jardin, du kiosque à musique et de la salle de jeux leurs terrains de prédilection. Ces endroits sont donc les témoins de joyeuses parties de cache-cache, de bataille de soldats de plomb que Charles, à la tête des armées françaises, emporte toujours face à ses cousins et de représentations théâtrales dont les enfants sont à la fois les auteurs et les acteurs.
    Ces jeux sont parfois interrompus par des moments solennels et pénibles aux yeux des enfants, lorsqu’il leur faut réciter des compliments devant leur grand-mère et leurs parents dans le grand salon de la maison. C’est d’ailleurs la seule occasion où les enfants sont admis dans cette pièce.
    Lorsque les séjours se prolongent, les enfants passent les après-midis au bord de la Deule, proche de la rue Princesse. Ils sont parfois accompagnés par Henri de Gaulle, le père de Charles, dont les histoires et les contes agrémentent la promenade. C’est également Henri de Gaulle qui les emmène rue Esquermoise, chez le pâtissier Meert, où il les laisse choisir de nombreux gâteaux car ils coûtent un sou de moins qu’à Paris. Au mois de septembre, les enfants vont à la foire de Lille, qui était implantée sur l’Esplanade toute proche de la rue Princesse, dépenser les trois francs de leur grand-mère.