Le parti-pris scénographique

Par Christian Le Conte et Geneviève Noirot, scénographes

Un écrin en phase avec la stature du personnage historique

Homme d’action et de pensée, le général de Gaulle a émaillé son parcours politique de signes et de gestes forts qui ont déclenché division et adhésion populaires.
Cette faculté à forger l’Histoire du XXe siècle, mérite un écrin au diapason : donner du souffle et de la noblesse aux espaces d’exposition, tel est le premier objectif.
La scène que constitue le parcours de visite est donc en correspondance avec la dimension exceptionnelle du personnage historique.
Cette affirmation a dicté le choix d’un volume unique d’exposition, dont la grande hauteur permet l’usage, selon les séquences, de la double hauteur ou pas.
Ces respirations amples de l’espace, ou à l’inverse, les confinements sous des hauteurs plus modestes, sont nécessaires à une scénographie spectaculaire, immersive et émouvante.

Un parti pris scénographique de signes et symboles
Le contenu du programme est centré sur Charles de Gaulle sous le prisme de Colombey-les-Deux-Églises.
Cette lecture de l’homme public au travers de l’ancrage terrien, trouve entre autres, une expression scénographique dans un dispositif particulier qui structure la composition des espaces : le sillon de Colombey.

Le sillon de Colombey

Le Général, attaché physiquement à la propriété de La   Boisserie, en osmose intellectuelle avec la grandeur, la beauté austère des paysages sans limite...
La présence forte d’un sillon central, dans le sol de l’exposition, traversant de part en part l’exposition, met en scène ce rattachement à la terre de Colombey, à la Terre de France.
Afin que la magie opère, le sillon est doublé d’un faisceau sonore. Design sonore emplissant l’espace sur 36 m de long et 2 m de large, de pas dans les feuilles mortes, de pas dans la neige, de chants d’oiseaux...
Les franchissements répétés du sillon placent les visiteurs dans un bain de nature, à l’image du Général interrompant sa journée de travail par quelques pas dans le parc de La Boisserie ou dans les forêts voisines.

Les plans obliques

Dès l’entrée, trois grands arbres accueillent les visiteurs ; imprimés sur de grands plans inclinés, ils s’imposent et renforcent la sensation aérienne de bascule.
Deux passerelles traversent les frondaisons de ces chênes, longeant à distance le grand défilement ample et lent des paysages de la Haute Marne, cher à de  Gaulle.

La guerre : cheminer dans la mémoire de De Gaulle
Le parcours offre 4 expériences spatiales principales :
– la traversée d’un sas offrant une expérience spectaculaire faite d’un cheminement au travers de l’écriture manuscrite de De Gaulle ;
– l’affrontement spatial de 2 réactions diamétralement opposées face à l’invasion allemande (Appel du 18 juin et demande d’Armistice par Pétain) ;
– le cheminement hérissé de multiples difficultés de la France Combattante. L’espace se coude à de nombreuses reprises, il s’enroule autour d’une France symbolique qui ne sera retrouvée qu’au terme du parcours ;
– enfin la libération de Paris et de la France entière, solennellement mise en scène dans un axe central retrouvé. Le visiteur mêlant ses pas à ceux de De  Gaulle et d’une foule immense massée sur les Champs-Élysées, retrouve le sol de France. Les murs s’évasent symboliquement en un vaste V.

La traversée du désert

Le départ brusque du pouvoir du Général en 1946 coïncide avec le changement de niveau. Empruntant escalier et ascenseur, les visiteurs découvrent une salle occupant toute la largeur du bâtiment, ouvrant une large baie sur les champs en contrebas et sur la Boisserie. C’est le retour à Colombey qui durera 12 ans.

De Gaulle président

Au cœur de l’exposition, un grand espace, haut et large, en phase avec les ambitions de Charles de Gaulle.
La partition entre politiques intérieure et étrangère se fait naturellement par le sillon central qui irrigue toute l’exposition au niveau bas. Planté de blés factices, il symbolise la France éternelle, prospère et tournée vers l’avenir que veut lui tracer de Gaulle.
Les 2 volets de l’exposé sont rythmés par la même mise en scène et dont les formes s’inspirent librement du design des années 60. Une série de 4 vagues dont les courbes prononcées se font face : elles abritent les images fortes qui signent d’une part la métamorphose du pays et d’autre part celles qui parlent de la fierté de De Gaulle en représentation à l’étranger.