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50ème anniversaire de la création du Conseil européen de recherches spatiales (CERS)

La France gaullienne dans la conquête spatiale européenne

Au début des années 1960, la Guerre Froide entre Américains et Soviétiques se manifeste en particulier par leur rivalité dans le domaine spatial. Cette compétition entre les deux superpuissances revêt un caractère scientifique, technologique et surtout militaire. Les Russes lancent le premier satellite artificiel, le Spoutnik, le 4 octobre 1957 ; un an plus tard est créée la NASA, l’agence spatiale des Etats-Unis. Le 12 avril 1961, c’est le premier vol orbital humain du russe Gagarine, puis le 21 juillet 1969, le premier pas des américains Amstrong et Aldrin sur la lune dans le cadre de la mission Apollo 11.

 

La France se désintéressait-elle pour sa part de cet « enjeu spatial » ? Pas complètement. En 1946, l’Armée de Terre française  avait par exemple créé, avec des spécialistes allemands des missiles V2 élaborés pendant la guerre,  le Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques (LRBA) qui mit au point la fusée-sonde Véronique.

 

Puis, à son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle décida de doter la recherche scientifique et technique de moyens importants. Il s’agissait tout simplement pour lui de redonner à la France son indépendance et de la mettre à la place qui lui revenait dans le monde.

 

Convaincu de l’importance stratégique de la force de dissuasion nucléaire, De Gaulle entendit faire fabriquer un missile balistique porteur de l’arme atomique. En 1959, une société privée, financée par le ministère de la Défense et supervisée par le Premier ministre, la SEREB (Société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques) en devint le maître d’œuvre.

 

D’autre part, un Comité de recherches spatiales présidé par le physicien Pierre Auger et formé de scientifiques, d’ingénieurs ou de représentants des ministères, fut chargé d’étudier le rôle que la France pouvait jouer dans le domaine spatial. Le 2 août 1961, le Général donna son feu vert pour la construction du lanceur Diamant. Le 19 décembre 1961, il annonça la création du Centre national d’études spatiales (CNES), qui représenterait la France dans les diverses structures spatiales internationales. Le 26 novembre 1965 fut ainsi lancé le premier satellite français Astérix, depuis la base d’Hammaguir dans le Sahara algérien. Par la suite, le CNES acquit une véritable expertise en matière de satellites.

 

Mais de Gaulle était aussi un réaliste : il comprenait que la France ne pourrait, seule, rivaliser avec les grandes puissances pour la recherche et la production d’engins spatiaux lourds. Au surplus, il souhaitait faire un geste vis à vis de la Grande-Bretagne, après lui avoir refusé l’entrée dans le Marché Commun. D’où son soutien au projet du Premier ministre Harold Macmillan d’instituer un Centre européen pour la construction de lanceurs d’engins spatiaux (CECLES ou, en anglais, ELDO European Launchers Development Organization) et une Organisation européenne de recherches spatiales (ESRO en anglais).

Le protocole en fut signé le 14 juin 1962 et les deux organisations mises en place en 1964.

 

L’accord prévoyait l’utilisation du missile britannique Blue Streack comme base de la fusée européenne à trois étages, baptisée Europa. Mais le projet européen, techniquement complexe et coûteux, tardant à se concrétiser, les Anglais acceptèrent l’offre américaine de fusées Polaris pour le lancement de leurs propres satellites. Les Soviétiques n’entendaient pas être de reste. Ils formulèrent le même type de proposition au général de Gaulle en 1966.

 

Un compromis fut finalement adopté. Le CNES -donc la France- imposa que la base guyanaise de Kourou soit choisie pour le pas de tir des fusées européennes. Le site couvrait 120000 hectares, à l’emplacement de l’ancien bagne. L’abandon d’Hammaguir était de toutes façons prévu pour juillet 1967, au titre des Accords d’Evian. Pour autant, les 8 lancements imparfaits effectués par Europa de 1967 à 1972 n’assurèrent pas encore à l’Europe sa vraie place dans la conquête spatiale.

 

Comme en témoigne Alain Peyrefitte, son ministre de la Recherche en 1966, le général de Gaulle se défiait gentiment des organisations spatiales européennes qu’il avait contribué à mettre en œuvre, notamment parce qu’elles étaient désignées par des sigles anglais. Et de demander à Peyrefitte de bien insister auprès des partenaires européens de la France sur sa volonté « de faire un satellite national ». De Gaulle demeurait cependant conscient de l’intérêt scientifique autant que politique de ce programme spatial européen, « un domaine neuf, qui peut comporter des embûches, mais qui peut aussi nous aider à sortir de l’éternel affrontement entre les deux blocs et à lever peu à peu le rideau de fer, ou du moins à passer au travers ».

 

La création d’une Agence spatiale européenne unique (ESA) le 31 mai 1975, la fabrication d’un lanceur lourd,  la fusée Ariane, dont le premier tir eut lieu de Kourou le 24 décembre 1979 et l’engagement dès 1982 de spationautes français dans des vols habités en coopération avec l’URSS et les Etats-Unis permirent à l’Europe d’enregistrer des réussites significatives en matière spatiale. Ces succès faisaient également pièces à la seule logique de l’affrontement des blocs.



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