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De Gaulle, les papes et le Concile Vatican II

De Gaulle, les papes et le Concile Vatican II photo ina.fr

A l'issue du conclave des 12 et 13 mars 2013, le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio était élu pape sous le nom de François. A cette occasion, il parait intéressant de retracer ce que fut, il y a 50 ans, l'attitude du général de Gaulle, catholique pratiquant,  très sensible aux liens pluriséculaires entre la France et l'Eglise romaine, mais aussi président respectueux de la laïcité républicaine, lors de l'élection des papes Jean XXIII (1959-1963) et Paul VI (1963-1978).

 

Un Catholique fervent, très sensible aux liens pluriséculaires entre la France et l’Eglise romaine, mais respectueux de la République laïque et éloigné de tout cléricalisme : tel apparaît de Gaulle pour qui s’interroge sur ses rapports avec les papes, et sur son appréciation des réformes induites par Vatican II. Eduqué dans l’esprit du catholicisme social, de Gaulle a lu le philosophe Jacques Maritain et a accordé beaucoup d’attention à la condamnation solennelle du nazisme par Pie XI, dans l’encyclique Mit Brennender Sorge, en mars 1937. 

L’humanisme qui le conduit, pendant la Seconde Guerre mondiale, à lutter contre l’Axe mais aussi contre le fascisme et le nazisme, est incontestablement d’inspiration chrétienne. 

Au reste, le général de Gaulle a toujours entretenu des relations privilégiées avec les papes, à la fois Pères de l’Eglise et chefs d’un Etat dont l’influence dépasse de loin les limites du Vatican. 

Il insiste par exemple pour que sa légitimité soit officiellement reconnue par Pie XII à l’occasion de sa visite auprès des troupes françaises en Italie en juin 1944. A cette époque, le Pape ne reconnaît toujours en effet que le gouvernement de Vichy, mais de Gaulle obtient, par l’entremise du cardinal Tisserant, d’être reçu au Vatican le 30 juin 1944. 

Il résiste ensuite à ceux qui, comme Georges Bidault, plaident pour une réelle épuration du haut-clergé, mais refuse, en qualité de chef du Gouvernement provisoire, de recevoir les vœux du nonce Valerio Valeri, soutien indéfectible du maréchal Pétain. Pie XII cède à cette pression française, mais remplace Valeri par un homme alors jugé sans envergure, Mgr Angelo Roncalli. Celui-ci va pourtant se révéler fort habile en calmant les tensions dans l’Eglise française sur la question de l’école libre dans un Etat laïc ou l’expérience des prêtres-ouvriers par exemple. Il fait l’unanimité par sa bonhomie et surtout sa francophilie, qui lui vaut l’estime du président socialiste Vincent Auriol, de Robert Schuman comme du général de Gaulle.

 

Président du Conseil quand s’ouvre, à l’automne 1958, le conclave pour l’élection du successeur de Pie XII,  De Gaulle fait valoir auprès du Sacré Collège que Mgr Roncalli, alors patriarche de Venise, est le « candidat » de la France au trône pontifical. Pour cela, il s’appuie notamment sur les ambassadeurs Roland de Margerie et Wladimir d’Ormesson. Le 28 octobre 1958, quelques minutes après l’apparition de la fumée blanche au dessus de la Chapelle Sixtine, de Gaulle peut adresser à l’élu, devenu le pape Jean XXIII, le message suivant :  

 

« Unissant ma joie à celle de toute la chrétienté, je prie Votre Sainteté d’accueillir l’hommage de mon filial respect ». 

 

Une véritable complicité s’établit entre le nouveau Souverain Pontife et le Président de Gaulle. Ce dernier obtient même, pour l’Ambassadeur de France, la possibilité exceptionnelle de s’entretenir deux fois par an en tête à tête avec le Pape, et d’être reçu à tout moment par les prélats responsables des ministères. 

 

En octobre 1962, c’est dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par les menaces de guerre entre les deux blocs et les lendemains douloureux des accords d’Evian pour l’Algérie, que s’ouvre le concile Vatican II. De Gaulle en suit de près le déroulement. Il apporte des commentaires très précis aux notes que lui transmet son ancien collaborateur René Brouillet, désormais ambassadeur auprès du Vatican, et s’intéresse en particulier à la vision nouvelle qu’incarnent deux théologiens français qui participent au Concile, le jésuite Henri de Lubac et le dominicain Yves Congar.

A la mort de Jean XXIII , le 3 juin 1963, il livrera à ses ministres son appréciation de l’œuvre entreprise par le défunt Pape à travers le Concile : 

 

« L’Eglise s’était crispée dans une attitude conservatrice et même, tranchons le mot, réactionnaire , qu’elle avait gardée en gros depuis quatre cents ans…Jean XXIII a lancé cette grande affaire de l’aggiornamento . Ce n’était pas si simple . Il fallait beaucoup d’estomac, ou beaucoup d’innocence. Je crains qu’il ne soit allé trop vite…

 

Pour construire il faut mettre le temps de son côté. Je ne suis pas sûr que l’Eglise ait eu raison de supprimer les processions, les manifestations extérieures du culte, les chants en latin. On a toujours tort de donner l’apparence de se renier, d’avoir honte de soi-même… Il est dépassé par ce qu’il a déclenché. ». 

 

Pour autant, de Gaulle souhaite que le grand dessein de Jean XXIII soit poursuivi avec fermeté par son successeur. Comme en 1958, il fait connaître sa préférence pour un candidat au trône de Saint-Pierre : le cardinal Giovanni Battista Montini. Il se souvient en effet que celui-ci a agi contre la persécution et l’extermination des Juifs pendant la Deuxième Guerre. Elu sous le nom de Paul VI, Montini s’empresse de rendre un hommage appuyé au général de Gaulle. Suite aux visites du Pape en Inde en décembre 1964 ou à l’ONU le 4 octobre 1965, le Président français constate d’ailleurs, devant Alain Peyrefitte, que : « le contenu du discours du pape ressemble , comme une goutte d’eau à une autre, à tous les discours [que lui, de Gaulle peut] faire à travers le monde. »

 

Lors de sa dernière visite au Vatican, le 31 mai 1967, de Gaulle évoque « les liens privilégiés tissés entre le Siège apostolique et la France, l’harmonie qui en procède bien souvent, quant aux sentiments, aux pensées, aux actions » et rend hommage au Pape qui vient, par l’encyclique Populorum Progressio du 26 mars 1967, d’affirmer que « le développement est le nouveau nom de la paix ».  

 

Lors de cette même visite, de Gaulle met en parallèle le message de paix adressé par le Pape et celui que la France s’efforce alors de défendre sur la scène internationale et dans le cadre de la construction européenne :

 

« C’est avec un intérêt passionné que le peuple français a suivi l’immense confrontation, l’examen de conscience sans précédent, que vient d’être pour toute la catholicité le XXIème concile œcuménique… (…) En même temps, la pensée ardente des Français se porte vers la recherche œcuménique, (…) qui vise à préparer le jour où seront effacées toutes divisions entre les fidèles du Christ. Le même respect et la même sympathie accompagnent le souci de rencontre et de dialogue avec ceux qui ne sont pas chrétiens et avec ceux qui ne croient pas, (…).

 

Concorde entre les peuples, accession de chacun d’eux à un degré toujours plus élevé de prospérité et de culture et dans des conditions telles que tous ses citoyens y participent équitablement, ai-je besoin de redire (…) à quel point ce noble programme rencontre l’adhésion des Français ? D’autant mieux que ces mêmes mots d’ordre sont ceux que mon pays, de tout son effort, en Afrique, en Europe et dans le reste du monde, s’applique à inscrire dans les faits. 

 

Au demeurant, la réunion tenue hier par les Chefs d’Etat et de Gouvernement des six nations qui ont fondé entre elles la Communauté économique européenne ne s’est pas fixé d’autre objectif, puisqu’il s’agit d’une grande entreprise visant à surmonter les rivalités et les particularismes qui ont si longtemps divisé et, maintes fois, déchiré notre vieille Europe. »



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