EDITORIAL PAR
MARC FOSSEUX

Revue de référence pour l’histoire du gaullisme, Espoir adapte sa ligne éditoriale en proposant à ses lecteurs des réflexions sur l’actualité contemporaine d’une certaine idée de la France.
Tout en continuant à publier des études et travaux de recherche de qualité, notre revue invitera des personnalités sensibles à l’héritage du général de Gaulle, des intellectuels, des hauts fonctionnaires, des acteurs de la vie économique, sociale, culturelle de notre pays, à s’exprimer sur de grands sujets nationaux et internationaux.


Avant-Propos n°178

Avant-propos de la revue Espoir 178 par Marc Fosseux
*Membre du conseil d'administration, secrétaire général de la Fondation Charles de Gaulle

 

Ce dernier numéro d’Espoir de l’année 2014 est consacré à l’Europe.

Le thème, j’en conviens, n’est pas facile à traiter. L’Europe traverse une succession de crises politiques, économiques, morales révélant des divergences de vues et d’intérêt entre les pays qui la composent ; ses institutions suscitent un rejet important de la part des peuples comme l’ont montré les dernières élections européennes ; les conceptions sur le fonctionnement de l’Union européenne et sur ses rapports avec les Etats continuent de s’opposer ; l’émergence de nouvelles puissances et le déplacement du moteur du développement vers la zone Pacifique accroissent la crainte d’un déclin de l’Europe qui, après avoir été le centre de gravité du monde pendant cinq siècles, pourrait devenir une région périphérique d’un monde dominé par les puissances du Pacifique, Etats-Unis et Chine en tête, où se concentrent déjà plus de 60% de la richesse produite. Ajoutons à cela les projections démographiques qui font passer le continent européen (hors Russie) de plus de 9% de la population mondiale aujourd’hui à 8% en 2030.

Est-ce une raison pour ne pas parler de l’Europe, autrement qu’en reprenant vainement les mêmes incantations sur « l’Europe, l’Europe, l’Europe »  ou en attribuant à celle-ci l’origine de notre incapacité nationale à regarder le monde tel qu’il est et à vouloir encore y imprimer notre marque? L’Europe fut toujours une question essentielle pour De Gaulle. Il faut rappeler sa vision d’une Europe construite à l’image d’une cathédrale, dont les fondations seraient la réconciliation franco-allemande, les piliers la Communauté économique, le faîte la coopération politique, et qui serait ensuite ouverte à d’autres pour bâtir une cathédrale plus grande encore, l’union de l’Europe tout entière[1].

L’Europe est une réalité historique, géographique, culturelle, économique. Comme les nations sont une réalité qui n’est pas soluble dans un grand ensemble. De Gaulle fut un homme des réalités, rejetant les utopies. Et c’est cette approche des réalités qui prévaut dans la manière dont l’Europe est traitée par les auteurs qui ont bien voulu contribuer à ce numéro d’Espoir.

Après le rappel des conceptions et de la politique européennes du Général de Gaulle, les points de vues exposés ensuite abordent quelques-unes des grandes questions qui se posèrent déjà il y a cinquante ans et qui se posent encore aujourd’hui à l’Europe : l’économie et la monnaie, les politiques industrielles, la puissance agricole, la souveraineté numérique, la culture, le fonctionnement institutionnel, l’ambition européenne, sans oublier le regard extérieur.

Je vous souhaite une bonne lecture et profite de cette occasion pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année et une très bonne année 2015.

 

 

 

[1] Lettres, notes et carnets, 1966. p. 169, brouillon d’une allocution prononcée à Bonn le 11 ou 12 juin 1966