EDITORIAL PAR
ANTOINE DUPONT-FAUVILLE

Les témoignages sont venus des responsables au niveau le plus élevé comme des simples combattants de l’intérieur et de l’extérieur, et ils ont porté aussi bien sur la libération de Paris et celle de la Bretagne, que sur les maquis de Provence, les combats du Vercors, la marche de la 2ème D.B. Les documents... D.B.

 

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De Gaulle dans les films et dans les romans par Philippe Barthelet

 

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Inédit paru dans le N°150 - mars 2007

 

"La construction de l'image du candidat à l'élection présidentielle (1848-2007)"

 

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Entre 1958 et 1969, les films et les romans que l'on dit populaires, parce qu'ils ont simplement été faits pour être lus ou regardés, évoquent souvent la figure du général de Gaulle - indice indirect de popularité, que nul de ses successeurs ne connaîtra. Faute d'une impossible exhaustivité et en attendant mieux, on s'amusera à relever quelques-unes de ces évocations.

"GAULLE (Charles de) : Président-directeur général de la S.S.F. (Société de Sauvetage des Français)".
San-Antonio (Béru et ces dames)


On comptera à part, et pour mémoire, le personnage du chef de la France Libre tel qu'on le met en scène, vingt ans après la seconde guerre mondiale : ce premier regard sur l'événement, désormais à bonne distance historique, fera éclore de nombreux films : la silhouette du général de Gaulle apparaît dans l'Armée des ombres (Jean-Pierre Melville, 1969) pour décorer de la croix de la Libération le chef de réseau Luc Jardié - double romanesque de Jean Cavaillès (Paul Meurisse) ou, sur le mode comique, la manche étoilée de sa vareuse dans Babette s'en va-t-en guerre (Christian-Jaque, 1959). Un plan sur le portrait officiel du président de la République a valeur de rappel à l'ordre : dans le bureau du ministre de l'Intérieur, où le commissaire Juve (Louis de Funès) est sévèrement tancé pour s'être fait berner par Fantômas (Fantômas se déchaîne, d'André Hunebelle, 1965) ou encore dans la gendarmerie de Saint-Tropez, tel qu'il est photographié à la une du journal local entre l'adjudant Gerber (Michel Galabru) et le maréchal des logis chef Cruchot (Louis de Funès), désignés pour représenter la France au congrès international de gendarmerie de New York (Le Gendarme à New York, de Jean Girault, 1965). Le même portrait officiel, dans la même brigade de gendarmerie, permet l'évocation du "Général", dont la colonelle chauffarde (Claude Gensac) fréquentait les garden parties, et fait se mettre au garde-à-vous l'adjudant et le maréchal des logis chef (Le Gendarme se marie, de Jean Girault, 1968). Il illustre encore le générique des Barbouzes (Georges Lautner, 1964) film où l'on voit le colonel chef des services secrets (Noël Roquevert) entrer dans le bureau du président de la République ; le même colonel explique ensuite à son agent (Lino Ventura) dans un petit restaurant, qu'on discute des moyens à mettre en œuvre pour s'assurer de "l'héritage nucléaire" de la veuve de Bénard Shah (Mireille Darc) : et le on est appuyé par un regard muet sur une publicité de bière ornée d'une croix de Lorraine.

Les premières années soixante sont en France l'âge d'or du film de cape et d'épée. La tentation est grande pour les dialoguistes de faire allusion à l'actualité politique, plaisir d'autant plus vif qu'il passera le plus souvent inaperçu : c'est ainsi que Pascal Jardin fait s'écrier à Louis XIV (Jacques Toja), exaspéré par la jalousie de Mme de Montespan : "Allons Madame, assez de hargne, de rogne et de grogne !" (Angélique et le Roi de Bernard Borderie,1966). Jacques Laurent, ou plutôt son alter ego Cecil Saint-Laurent met un "Péripéties !" impatient dans la bouche de Mazarin (Enrico Maria Salerno) quand d'Artagnan (Jean Marais) lui raconte, un peu trop en détail, la bataille des Dunes et plus tard, comme il est question d'enlever le Roi et qu'un Hollandais propose de le remplacer par la république, le marquis de Vaudreuil, chef de la conspiration (Philippe Lemaire) de s'exclamer : "Une république en France ? mais jamais le peuple n'en voudrait ! Les Français ont besoin de quelqu'un à aimer ou à haïr" (Le Masque de fer d'Henri Decoin, 1962) . On rappellera aussi, autre clin d'œil institutionnel, la réplique que Michel Audiard met dans la bouche du Mexicain à l'agonie (Jacques Dumesnil), à qui ses affidés reprochent de décider seul : "J'aurais pu aussi organiser un référendum" , ou celle du frère Volfoni (Jean Lefebvre) : "L'époque serait aux tables rondes et à la détente" (Les Tontons flingueurs, de Georges Lautner, 1963). Le même Michel Audiard fait dire à Norbert Charolais (Louis de Funès), trépidant directeur général d'une grande société d'organisation de loisirs, que le vingt-cinquième anniversaire de son entreprise doit "éclipser le 14 juillet, le coup du 2 décembre et celui du 13 mai" (Carambolages, de Marcel Bluwal, 1963).
Les trouvailles lexicales du général elles-mêmes ont un écho cinématographique : c'est ainsi que le "tracassin", lancé dans une conférence de presse, devient le titre d'un film (Le Tracassin ou les Plaisirs de la ville d'Alex Joffé, 1961) qui vaut à Bourvil le prix Courteline.

Le nom, la figure du général de Gaulle reviennent souvent dans les enquêtes du commissaire San-Antonio de ces années-là. Ainsi dans ce dialogue entre le célèbre commissaire et son directeur, à la tonalité très gaullienne à beaucoup d'égards : "Je ferai l'impossible, M. le directeur. - Vous m'avez compris, qu'il dit, le Grand Dabe. Tu parles, Charles !" (Du brut pour les brutes, 1960). Neuf ans plus tard, l'époque est révolue : "Tu parles, Georges ! (Autrefois on disait : Tu parles, Charles ! La rime était meilleure)" (En avant la moujik, 1969). Mélange de sarcasme et d'admiration forcée, ces lazzi mesurent à leur façon l'état des esprits, le retour d'une certaine fierté nationale, ou d'une confiance en soi de la France : "Le seul canari in the world qui savait siffler la Marseillaise. Paraît qu'il se déclenchait dès qu'il entendait la voix du Général à la radio" (Le Coup du père François, 1963). Un peu plus tard, allusions aux grands voyages du début du second septennat, San-Antonio inventorie le tiroir du bureau de son adjoint, l'horrifique inspecteur Bérurier : "Deux timbres oblitérés représentant le général de Gaulle acclamé par les Martiens" (Mange, et tais-toi ! , 1966).

Frédéric Dard alias San-Antonio ne peut se départir de cette fascination agacée pour le chef de l'État. "Je crois que c'est pour ça, par réaction contre ce penchant à l'anonymat que notre général (président directeur) se personnalise en parlant des autres à la première personne. Style : "Moi, les Français !"Général, il se veut farouchement particulier et il a raison. Quelqu'Un, que cet homme-là !" (Béru et ces dames, 1967). Dans la cinquantaine de romans qu'il publie pendant l'ère gaullienne, les allusions en tout genre sont innombrables. Un neurologue examine-t-il Bérurier tombé en catalepsie : "La constitution est forte, affirme-t-il, dans le style je-vous-ai-compris" (Berceuse pour Bérurier, 1960). San-Antonio qui va enquêter dans un village normand "finit par débarquer devant une mairie grande comme la guitoune d'un C.R.S. en faction devant la Boisserie"(Faut être logique, 1967). Le coq, héritier de l'oncle de Bérurier s'appelle Mongénéral : "Un beau coq blanc, dont la queue est agrémentée de superbes plumes presque bleues, et dont la crête rouge vif lui pend sur le côté comme un béret basque. Un coq bleu-blanc-rouge en somme !" (Béru et ces dames, 1967). Dans le même roman, le même inspecteur Bérurier encourage sa cousine de province à soigner son apparence : "Tu devrais te ravaler un peu la façade, ma vieille. Suis l'exemple de Malraux qui rebadigeonne Paris". "Le bougnat d'en bas", où l'inspecteur a ses habitudes gastronomiques, s'appelle "M. Agénor Pompidoche." Pour remettre de ses émotions une vieille cuisinière ligotée et séquestrée par des malfaiteurs, "Bérurier lui tend une bouteille de cognac deux étoiles (le propriétaire récoltant est gaulliste)". Leur enquête conduisant le commissaire et son adjoint chez un tatoueur, on apprend que celui-ci a "tatoué le portrait d'un Général sur la poitrine" d'un de ses clients : "C'était entre le ballottage et l'élection. Il avait pris peur pour son idole, alors il a voulu l'avoir dans la peau, notre général. (…) C'est la consécration suprême, il me semble, vous trouvez pas ? Avoir sa frime dans le marbre ou le bronze c'est rien, mais l'avoir gravée dans la chair vivante de ses contemporains, mince ! c'est autre chose, ça va loin, ça recule les limites de la vénération. Ça vous déifie ! Tous les gnaces qui lui passent la grosse lichouille, à de Gaulle, est-ce qu'ils seraient seulement capables d'en faire autant ? Hein ? Les ministres, les féaux, les apologistes, les biographes obséquieux, qu'est-ce qu'ils attendent pour trotter chez Jeannot ? Ils auraient le patron à vie sur le buffet, en couleur et avec ses étoiles. (…) Je serais le Général, j'exigerais ça comme témoignage d'absolue sincérité, de loyalisme éperdu. Si bien que les réceptions élyséennes auraient lieu en tenue de corsaire. Tous les jules torse nu pour exhiber leur tatouage ! Certains arboreraient un de Gaulle en civil, d'autres un de Gaulle en uniforme, on trouverait des tas de variantes.
On le représenterait par exemple au Forum, en train de jevousaicomprendre. Ou bien, pour les gros, dans des scènes allégoriques, avec les ailes de la Victoire au képi, boutant les Allemands ou les Américains hors de France. Et puis tenez, une somptueuse fresque : le président pendant sa conférence de presse, avec la forêt de micros devant lui, et à ses côtés, les ministres qui roupillent. Mais je les connais : ils ne le feront pas, je prédis. Leur dévotion ne va pas assez loin. La ferveur, c'est un costume des dimanches, ils se réservent presque tous la possibilité d'en changer."

Dans l'Histoire de France vue par San-Antonio (1964), le commissaire et son adjoint Bérurier échangent leurs souvenirs et leurs commentaires sur l'histoire contemporaine. La dernière guerre tout d'abord, telle que se la remémore Bérurier : "C'était Paul Reynaud le président du conseil à ce moment-là, j'me rappelle. Il a appelé de Gaulle et Pétain dans son gouvernement. Poilant quand on regarde par l'aut'bout de la lorgnette, hein ? (…) Dans le fond, tout s'est bien arrangé. Pétain est resté, de Gaulle est parti : on a joué sur les deux tableaux. (…) On avait touché deux sauveurs à la fois : un pour la maison, l'autre pour l'exportation. C'était de la chance dans notre malheur, en somme." Quant à la Ve République, Bérurier croit en avoir trouvé la philosophie : "Après la guerre minable qu'on a eue, les Français en ont classe des grands problèmes. (…) Ce qu'ils demandent, c'est de ne plus se turlupiner et du moment qu'ils ont trouvé l'homme qui remplace le beurre, ils en profitent pour se mettre en congé, c'est logique (…)". San-Antonio fait écho à cette conclusion : "Il parle d'or, mon Bérurier. C'est pourtant vrai que la France est en vacances maintenant. En vacances à "la Boisserie". Le voilà enfin éclairci, mon mystère. La voilà donc expliquée, leur sacrée béatitude. Je suis triste parce que j'ai toujours été triste en vacances, simplement".
            

       
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        "Point d'histoire" : à propos de Weygand            
                   
        Le Prix Espoir 2004            
                   
        La Libération préparée : entretien avec Jean Morin            
                   
        Avant-propos de la revue Espoir n°141            
                   
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        Avant-propos de la revue Espoir n°144            
                   
        Entretien avec Jean Morin            
                   
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