EDITORIAL PAR
MARC FOSSEUX

Les témoignages sont venus des responsables au niveau le plus élevé comme des simples combattants de l’intérieur et de l’extérieur, et ils ont porté aussi bien sur la libération de Paris et celle de la Bretagne, que sur les maquis de Provence, les combats du Vercors, la marche de la 2ème D.B. Les documents... D.B.

 

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"Point d'histoire" : à propos de Weygand par le général de Boissieu

 

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Espoir n° 139 : "Eté 44" (juin 2004)

Point d'histoire paru dans le N°139 - juin 2004

 

"Eté 44"

 

 

Dans le bulletin de liaison de l'Union nationale de l'arme blindée, de la cavalerie et des chars, publié en février dernier, a paru une publicité au profit d'un livre de l'un des anciens collaborateurs du général Maxime Weygand vantant ses mérites dans l'exercice de son commandement en 1940 et « son intelligence dans l'application de la fameuse politique de Vichy ».
Le général de Boissieu et la direction d'Espoir ont tenu à y réagir.

En rappelant d'abord que, si le général de Gaulle n'a pas souhaité que Weygand soit jugé en 1945, c'est seulement pour ne par rouvrir le procès Pétain qui venait d'avoir lieu et qu'il a expressément décidé à la mort de Weygand que les honneurs militaires ne lui seraient pas rendus. Et, d'autre part, en publiant ici les deux textes suivants (extraits du premier livre du général de Boissieu, Pour combattre avec de Gaulle, complété ici par l'auteur) :

1. Le compte rendu de l'entretien entre le général de Gaulle et Weygand, le 6 juin 1940, dans son intégralité, tel qu'il a été dactylographié par Madame de Boissieu, fille du général de Gaulle, d'après le manuscrit original de celui-ci.
« Puis, quelques jours plus tard, le 6 juin, le général de Gaulle, devenu sous-secrétaire d'Etat, revoit le général Weygand :
« Vous le voyez, dit-il, je ne m'étais pas trompé quand je vous ai annoncé, il y a quelques jours, que les Allemands attaqueraient sur la Somme le 6 juin. Ils attaquent en effet. En ce moment, ils passent la rivière, je ne puis les en empêcher ».

De Gaulle - Soit ! ils passent la Somme et après ? Weygand - Après ? c'est la Seine et la Marne. De Gaulle - Oui et après ? Weygand - Après ? mais c'est fini ! De Gaulle - Comment fini ! et le monde ? et l'Empire ? Weygand - L'empire ? Mais c'est de l'enfantillage ! Quant au monde, lorsque j'aurai été battu ici, l'Angleterre n'attendra pas huit jours pour négocier avec le Reich. Ah ! si j'étais sûr que les Allemands me laisseraient les forces nécessaires pour maintenir l'ordre…  »
(Mémoires de guerre, chapitre I et II).

La suite de l'entretien, écrite dans une première version des Mémoires, n'a pas été maintenue par le général de Gaulle, volontairement, pour ne pas rouvrir le procès Weygand. Mais l'original est au Archives nationales, où il pourra être consulté au terme des cinquante années d'usage. Je n'ai pas le droit d'en faire état ici. »

Lettre du général de Gaulle au général Weygand, le 20 juin 1940

Mon Général, J'ai reçu votre ordre de rentrer en France. Je me suis donc tout de suite enquis du moyen de le faire, car je n'ai, bien entendu, aucune autre résolution que celle de servir en combattant. Je pense donc venir me présenter à vous dans les vingt-quatre heures si, d'ici là, la capitulation n'a pas été signée. Au cas où elle le serait, je me joindrais à toute résistance française qui s'organiserait où que ce soit. A Londres, en particulier, il existe des éléments militaires, - et sans doute en viendra-t-il d'autres, - qui sont résolus à combattre, quoi qu'il arrive dans la Métropole. Je crois devoir vous dire très simplement que je souhaite pour la France et pour vous, mon Général, que vous sachiez et puissiez échapper au désastre, gagner la France d'outre-mer et poursuivre la guerre. Il n'y a pas actuellement d'armistice possible dans l'honneur. J'ajoute que mes rapports personnels avec le gouvernement britannique, - en particulier M. Churchill -, pourraient me permettre d'être utile à vous-même ou à toute autre haute personnalité française qui voudrait se mettre à la tête de la Résistance française continuée. Je vous prie de bien vouloir agréer, mon Général, l'expression de mes sentiments très respectueux et très dévoués.

Cette lettre, transmise au général Weygand par le général Lelong, attaché militaire à Londres, fut retournée de Vichy au général de Gaulle en septembre 1940, avec un papillon dactylographié ainsi rédigé : « Si le colonel en retraite de Gaulle veut entrer en communication avec le général Weygand, il doit le faire par la voie régulière ».

2. Le compte rendu du récit fait par le général Catroux au général de Boissieu de l'accueil de Weygand à l'officier qui lui remettait une lettre du général de Gaulle en mars 1941.

« Pendant le déjeuner, le général Catroux parla de la situation en Afrique du Nord dont le grand responsable était à son avis le général Weygand. Il raconta comment il avait écrit une lettre à celui-ci en 1940 qui n'avait jamais reçu de réponse, comment il avait réussi à envoyer en mars 1941, bien avant la campagne du Levant, un émissaire au Délégué général et commandant en chef en AFN, avec une lettre du général de Gaulle. Cette lettre avait déjà été envoyée à Weygand par les services britanniques de M. Churchill. Le général Catroux en savait le texte par cœur, je l'ai retrouvé depuis dans les Mémoires de guerre du général de Gaulle.

« Mon Général.
Nous n'avons pas été d'accord. Mais dans le malheur de la France, il faut partir du point où en sont les choses. Pour quelques jours encore, vous êtes en mesure de jouer un grand rôle national. Ensuite, il sera trop tard. Je vous propose de nous unir. Déclarons ensemble que nous faisons la guerre pour libérer la patrie. Appelons-en à l'Europe !
Vous connaissez les sentiments réels de l'armée et des populations. Vous savez que notre entente provoquerait chez tous les bons Français un immense enthousiasme en même temps qu'elle entraînerait le concours immédiat des alliés.
Si votre réponse est oui, je vous assure de mes respects
. »

« Cet émissaire, le commandant Mittlemann du Canal de Suez, qui connaissait personnellement le général Weygand en tant qu'administrateur du Canal, ne pouvait être un provocateur, cependant il fut arrêté et dut attendre plusieurs jours avant d'être reçu. Lorsque Weygand consentit à le voir, il lui demanda de lire la lettre du général de Gaulle « qu'il ne voulut même pas prendre en main. ».
« Quand la lecture fut achevée, la conclusion de Weygand fut : « De Gaulle ! Douze balles dans la peau, voilà ce qu'il mérite ».