Qui furent les tenants du « Non intransigeant » ? Entretien avec Guillaume Piketty

Entretien paru dans le N°134 - juin 2009
"Qui furent les tenants du « Non intransigeant » ?Entretien avec Guillaume Piketty"
François Broche : Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Electricité (Supélec), diplômé de Sciences Po, docteur ès lettres, habilité à diriger des recherches en histoire : s’agit-il de vocations en principe inconciliables, la dernière ayant fini par prendre le pas sur les autres ?
Guillaume Piketty : Il ne faut voir dans l’aspect sinueux de ce parcours d’études puis de recherches que la conséquence d’une mauvaise orientation initiale. Mais l’Histoire a toujours été première.
Mon passage par Supélec fut essentiellement lié à mon environnement familial d’alors et à un cursus d’études secondaires qui me donnait toute latitude au moment d’aborder l’enseignement supérieur. Une fois cette étape franchie, et après avoir effectué mon service militaire comme EOR dans l’arme blindée et cavalerie, je me suis trouvé libre d’agir comme bon me semblait. L’entrée à Sciences Po fut alors déterminante. Pour beaucoup de ceux qui ont la chance de la fréquenter, l’institution de la rue Saint-Guillaume agit à la fois comme un révélateur du champ des possibles et comme un catalyseur. Ici, un hommage s’impose. J’ai fait partie de la première promotion qui profita de la réforme pensée et conduite par Alain Lancelot, le directeur de l’époque – formation générale fondamentale placée au cœur d’un tronc commun ; ouverture sur l’international ; place accrue offerte aux fruits de la recherche, que celle-ci soit mise en œuvre à Sciences Po ou ailleurs ; importance de l’apprentissage des langues ; etc. En ont découlé, pour moi, deux années exaltantes à bien des égards.
F.B. : En septembre 1991, diplôme de Sciences Po en poche, vous vous lancez dans la préparation d’un DEA puis d’une thèse d’histoire, sous la direction de Jean-Pierre Azéma…
G.P. : Devant gagner ma vie, j’ai commencé à travailler au sein de la direction de l’IEP. Je vous passe le détail de mon parcours pour en revenir à Alain Lancelot. Mais à l’homme, cette fois. Fort de solides convictions et immensément cultivé, passionné et passionnant, orateur de talent, drôle… Bref, un maître. Un maître au sens fort du terme. Un maître auprès duquel j’ai eu peu à peu le privilège de travailler et qui, en 1995, m’a donné ma chance comme directeur des études . J’ai conservé ces fonctions auprès de Richard Descoings, dont je suis devenu le directeur adjoint en octobre 1999. J’ai donc été en première ligne pour quelques unes des réformes que celui-ci a, fort justement, menées à bien – internationalisation des cursus ainsi que des populations étudiantes et enseignantes ; démocratisation des procédures d’entrée ; ouverture de premiers cycles bilingues et biculturels en province ; etc.
F.B. : Tout en assumant ces fonctions, vous poursuivez votre apprentissage d’historien.
G.P. : Après mon DEA (1992), j’ai soutenu ma thèse de doctorat (1997) puis obtenu le diplôme d’habilitation à diriger des recherches en histoire (2002). Au fil des années, du fait de mes fonctions à la direction de Sciences Po et des conférences de méthode et séminaires que j’ai dispensés, ma seconde vocation s’est affermie : l’enseignement. C’est-à-dire à la fois le plaisir de transmettre et celui d’échanger – donc d’apprendre en retour – avec des étudiants brillants et – pourquoi ne pas le dire ? – sympathiques, au cœur d’une institution profondément rénovée.
Début 2003, j’ai pris la décision d’abandonner mes fonctions exécutives pour me consacrer exclusivement à l’Histoire et à l’enseignement. Je suis devenu directeur de recherches au sein du Centre d’histoire de Sciences Po. Cette évolution n’aurait pas été possible sans l’appui de Serge Berstein – depuis 1991 – et de Jean-François Sirinelli, directeur du Centre d’histoire. Je profite de l’occasion qui m’est ici donnée pour les remercier de leur bienveillance et de leur confiance.
Deux grandes figures : Pierre Brossolette, Charles d’Aragon
F.B. : Comment avez-vous été amené à vous intéresser à deux grandes figures de la Résistance intérieure (Pierre Brossolette, Charles d’Aragon) ?
G.P. : Ce sont en fait trois questions que vous posez. Permettez-moi de commencer par votre interrogation implicite : pourquoi la Résistance ?…
La réponse est assez simple, en fait : pour des raisons familiales, intellectuelles et morales . Par-delà les représentations un peu faciles, j’ai voulu identifier les motivations des tenants du « non intransigeant » , c’est-à-dire des Françaises et des Français qui dirent non à la défaite et à l’armistice, à l’occupation de la France et au régime de Vichy, à l’ordre nazi en Europe. J’ai souhaité mettre au jour les voies et moyens de leur engagement puis de leur combat, en France métropolitaine et ailleurs. Car j’ai toujours répugné – et aujourd’hui plus que jamais – à séparer Résistance intérieure et Résistance extérieure, au cœur de laquelle se trouve la France Libre. Enfin, j’ai voulu comprendre les aléas connus par les mémoires résistantes depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Dans ce cadre, Pierre Brossolette s’imposait presque naturellement. Lorsque je me suis intéressé à lui, il était perdu aux tréfonds des oubliettes de l’histoire. Certes des rues, des avenues, des places, des établissements d’enseignement portaient son nom. Certes quelques uns avaient une vague idée de son geste du 22 mars 1944 : se précipiter du 5ème puis du 4ème étage d’un immeuble de la Gestapo, avenue Foch à Paris, pour échapper à ses tortionnaires (il était entre leurs mains depuis deux jours et demi) et s’assurer de ne pas parler. Mais peu de Français connaissaient son étonnant parcours de vie. Enfin, parmi les témoins des années noires, il était frappant de constater combien le personnage Brossolette suscitait des réactions variées et contrastées, depuis les gardiens du temple tels que le colonel Passy jusqu’à ceux dont l’hostilité ne désarmait pas, comme par exemple Daniel Cordier , en passant par les amis lucides mais admiratifs comme André Postel-Vinay et les contemporains bienveillants mais justement critiques tels que Jean-Louis Crémieux-Brilhac ou Stéphane Hessel.
J’ai donc entrepris une thèse de doctorat sur l’« itinéraire intellectuel et politique » de ce normalien de la rue d’Ulm, agrégé d’histoire, journaliste spécialiste de politique internationale et socialiste proche de Léon Blum, de ce pionnier de la Résistance intérieure qui parvint à Londres en avril 1942, s’imposa rapidement comme une personnalité importante de la France Libre puis, au fil de ses trois missions clandestines, fut l’un des plus actifs truchements entre France combattante et Résistance intérieure. Non sans quelquefois prendre des libertés certaines avec les instructions reçues. Non sans parfois s’affronter rudement avec les uns ou les autres, envoyés de Londres ou résistants de l’intérieur. Non sans abdiquer sa liberté de penser, comme en témoigne par exemple la volée de bois vert qu’il adressa au général de Gaulle le 2 novembre 1942 . De cette thèse j’ai tiré deux ouvrages : une biographie et une anthologie de Pierre Brossolette.
F.B. : Comment avez-vous découvert Charles d’Aragon ?
G.P. : Par La Résistance sans héroïsme, les souvenirs que ce catholique social devenu pionnier de la Résistance au sein du mouvement Liberté puis responsable du mouvement Combat pour le Tarn et enfin vice-président du CDL du Tarn rédigea quelque trente années après la Libération. Un maître livre, mais aussi et peut-être plus encore, un style – remarquable – et une posture – tout entière inscrite dans son titre. Après avoir littéralement dégusté cet ouvrage, j’ai souhaité lui donner une seconde vie. Il est paru à nouveau en 2001 . En préparant cette réédition, j’ai fait la connaissance de Charles-Henri d’Aragon, fils aîné de l’auteur de La Résistance sans héroïsme. Celui-ci a bien voulu me confier le journal intime que son père avait écrit du début septembre 1940 à la mi-août 1942. De la lecture de ce journal est né le sujet de mon habilitation à diriger des recherches. Celle-ci a porté sur les voies et moyens de l’engagement en résistance, en zone libre notamment, tels qu’il est possible de les reconstituer à partir de documents du for privé.
Charles de Gaulle et la Résistance
F.B. : Tout en collaborant au Dictionnaire historique de la Résistance dirigé par François Marcot , vous avez co-dirigé un Dictionnaire de Gaulle …
G.P. : A dire vrai, ces deux livres et mon Français en résistance. Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels sont nés, en idée au moins, lors d’un déjeuner que j’ai partagé avec l’écrivain Daniel Rondeau à la fin de l’automne 2002. A cette époque, Daniel Rondeau s’apprêtait à prendre la direction de la collection « Bouquins », à laquelle il a donné une seconde vie jusqu’à sa nomination comme ambassadeur de France à Malte à l’été 2008. Fin connaisseur de la Résistance et de la France Libre , il souhaitait faire place aux tenants du « non intransigeant » parmi ses projets nombreux et séduisants. Le moins que l’on puisse dire est qu’il aura tenu parole puisque sont tour à tour parus le Dictionnaire historique de la Résistance, le Dictionnaire de Gaulle et mon Français en résistance… tandis qu’un Dictionnaire de la France Libre est aujourd’hui en préparation.
J’ai effectivement fait partie du comité scientifique qui, avec Christine Levisse-Touzé et Bruno Leroux, a entouré François Marcot dans la conception du Dictionnaire historique de la Résistance . Au passage, j’ai rédigé une cinquantaine d’articles pour ce livre. Mais, du printemps 2003 à l’automne 2006, avec Claire Andrieu et Philippe Braud, tous deux professeurs à Sciences Po , j’ai surtout co-dirigé la préparation du Dictionnaire de Gaulle. Notre idée de départ était que l’immense figure du Général justifiait que lui soit consacré un vaste dictionnaire. Nous avons conçu cet ouvrage scientifique – j’insiste sur ce mot – comme international, pluridisciplinaire et trans-générationnel – au sens où nous avons fait appel à des auteurs d’âge variable. Et ce, de façon à multiplier et croiser les approches et les points de vue sur l’homme Charles de Gaulle, sur son œuvre, sur son entourage, sur sa postérité, etc. Cette rapide évocation du Dictionnaire serait incomplète si je ne mentionnais le soutien immédiat et jamais démenti d’Yves Guéna et de Sharon Elbaz, ainsi que l’aide précieuse de la Fondation Charles de Gaulle et de la Fondation de la Résistance. Un dernier mot pour rappeler qu’au moment où nous travaillions à ce Dictionnaire de Gaulle et par la suite, j’ai – comme vous-même - fait partie du conseil scientifique de l’Historial Charles de Gaulle, à Paris. Une autre passionnante aventure…
F.B. : Il est courant d’accuser de Gaulle d’avoir magnifié la Résistance, exagéré le nombre des résistants, et pourtant durant quatre ans il n’a cessé de dénoncer et de condamner le régime de Vichy et l’ensemble des collaborateurs de l’occupant. Où se situe la vérité historique ?
G.P. : A mes yeux, les deux discours ne sont pas inconciliables, bien au contraire. L’homme du 18 Juin n’a certes pas cessé de dénoncer et de condamner l’armistice de 1940, le régime de Vichy et son chef, l’occupation et la mise en coupe réglée de la France par les nazis, ainsi que toutes celles et tous ceux qui se laissaient aller à collaborer avec l’occupant – voire prônaient une collaboration active. Dans le même temps, il a magnifié la Résistance et les combattants de l’armée des ombres comme il a loué celles et ceux qui combattaient sous l’étendard frappé de la Croix de Lorraine. Mais convenez qu’il n’a pas été le seul à le faire. Dès 1940, les résistants eux-mêmes se sont chargés de parler et d’écrire sur eux-mêmes. Je vous renvoie à ce sujet, notamment, à la démonstration faite par Laurent Douzou . De leur côté, les Français Libres n’ont pas été en reste. Il suffit pour s’en convaincre de lire Jean-Louis Crémieux-Brilhac .
Quant à exagérer le nombre des résistants, là encore il convient de prendre les choses avec recul. Bien sûr, tous les Français ne furent pas des Jean Moulin – ou des Pierre Brossolette, des Jacques Bingen, des Berty Albrecht, pour ne citer qu’eux – dont la précocité de l’engagement et la densité du parcours jusqu’au sacrifice suprême furent exceptionnels. Bien sûr, le nombre des résistants de l’intérieur varia de quelques milliers fin 1940 à quelque 500 000 aux jours de la Libération . Mais franchement, comment imaginer qu’à l’image d’un poisson que l’on priverait d’eau, l’armée des ombres aurait pu naître, se développer et survivre dans notre pays sans l’aide, ponctuelle ou durable, de très nombreux Français ? Il faut d’ailleurs se réjouir à cet égard qu’un certain nombre d’études scientifiques soient aujourd’hui consacrées à ce véritable tissu d’entraide. Un tissu dont la mise au jour vient réduire à néant l’opposition simpliste entre des résistants qui auraient été « ultraminoritaires » et une « poignée de misérables » avec au milieu des Français uniquement « attentistes ».
F.B. : Directeur de recherches au Centre d’histoire de Sciences Po, directeur d’études et professeur associé à l’Ecole doctorale de l’IEP, vous êtes bien placé pour mesurer l’intérêt des jeunes chercheurs pour le général de Gaulle et pour la France Libre. Cet intérêt vous paraît-il appelé à se prolonger ?
G.P. : L’intérêt pour le général de Gaulle est indéniable. La personnalité, le parcours et l’œuvre du Général sont tels que je ne vois pas bien pourquoi et comment cet intérêt pourrait décroître.
S’agissant de la France libre, les choses sont, pour l’instant, moins bien engagées. Quelques études majeures lui ont été consacrées. Mais vous et moi, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Jean-François Muracciole, Sébastien Albertelli et quelques autres sommes bien placés pour savoir que beaucoup reste encore à chercher et à écrire concernant « les hommes partis de rien », leur engagement, leur combat, leurs projets et leurs espoirs pour la France d’après la Libération, leur mémoire. Il ne reste plus qu’à trouver les historiens, français ou étrangers, pour ce faire. Je constate un regain d’intérêt à Sciences Po. Mais il demande à être confirmé. Et surtout, les doctorants de la rue Saint-Guillaume n’y suffiront pas…
F.B. : Quel doit être, selon vous, le rôle des trois grandes fondations : de la Résistance, de la France Libre et Charles de Gaulle ?
G.P. : Il me semble que ces trois fondations, importantes à bien des égards, doivent tout à la fois susciter et soutenir la préparation de travaux scientifiques, faire connaître les résultats de ces travaux au grand public par le truchement d’une vulgarisation – au meilleur sens du terme – réussie, et entretenir la mémoire. Et ce de façon complémentaire, au sens où elles traitent largement des mêmes enjeux mais sous des angles partiellement différents.
Une femme et dix hommes étonnants
F.B. : Venons-en au Français en résistance. Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels que vous avez récemment publié. Pourquoi ce livre ? Comment avez-vous sélectionné les textes réunis dans Français en Résistance ? Pourquoi avoir repris des textes déjà connus (Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard) ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
G.P. : Ainsi que je vous l’ai dit, l’idée de ce livre est née de la découverte du journal intime de Charles d’Aragon et d’une discussion fructueuse avec Daniel Rondeau. J’ai voulu en quelque sorte rendre leur plume à certains résistants en publiant des textes qu’ils avaient rédigés pendant les années noires pour eux-mêmes ou à l’intention de très proches. Je voulais donner à voir de l’intérieur le poids de la débâcle puis de l’occupation, le régime de Vichy naissant, les modalités du sursaut accompli par chacun en son for intérieur, les motivations de l’engagement, les voies choisies par les uns et les autres et leurs parcours plus ou moins aléatoires, les projets et les rêves pour l’après-Libération.
En prononçant le mot « résistants », je veux dire résistants de l’intérieur et Français libres. Je me refusais en effet à séparer les soldats de l’armée des ombres et les combattants à Croix de Lorraine tant j’étais – et je reste – convaincu que leurs engagements et combats respectifs partagent beaucoup de caractéristiques – sans pour autant s’identifier, bien sûr. D’ailleurs, en jetant un œil sur les livres et articles que j’ai eu la chance de publier ainsi que sur les communications que j’ai présentées en colloque, j’ai été frappé de ce que je n’ai cessé d’aller des uns aux autres, et réciproquement. Peut-être à l’instar de Pierre Brossolette…, ce qui prouverait au passage, une nouvelle fois, qu’un chercheur n’abandonne jamais complètement son sujet de thèse.
Bref, il s’est agi de trouver des Français qui, chacun à sa façon, avaient été des pionniers de l’armée des ombres ou de la France Libre, dont les parcours réunis pourraient brosser un large tableau des parcours résistants qu’il fut possible d’accomplir au long des années noires, et qui… avaient rédigé des documents intimes. Ce ne fut pas une mince affaire. D’autant que la nature et les modalités du combat résistant se prêtaient peu à l’exercice de l’écriture intime. Aux documents que j’avais eu la chance de dénicher au hasard de mes travaux et de mes rencontres, j’ai donc dû ajouter quatre textes déjà connus. Ces documents avaient en outre le mérite de compléter fort heureusement le tableau présenté.
Au final, onze personnalités sont sorties du lot dont il a fallu déchiffrer la prose – le plus souvent avec l’aide précieuse de la famille. Croyez-moi, ce ne fut pas une mince affaire. Puis le travail classique de l’historien : présentation des onze auteurs, rédaction de notes de façon, je l’espère, à rendre les textes pleinement intelligibles par des non spécialistes, ajout de cartes, d’une chronologie et d’une bibliographie indicative. Sans parler d’une longue introduction en forme de tentative de mise au point et de guide de lecture.
Onze personnalités, donc, qui s’appellent Charles d’Aragon, Diego Brosset, Pierre Brossolette, Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Louis Martin-Chauffier, René Pleven et Lazare Rachline. Onze tenants du « non intransigeant » dont sept furent nommés Compagnons de la Libération et cinq ne virent pas la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une femme et dix hommes assez étonnants dont les écrits intimes montrent le quotidien, la lucidité dans la tempête mais aussi l’abattement après le désastre et les renoncements de l’été 1940, la difficulté de transgresser, la douleur de la séparation d’avec des proches, l’hésitation devant l’inconnu, la lutte au quotidien, l’attente, la tension et la peur quelquefois, le courage, l’aspiration à un monde meilleur.
F.B. : Et maintenant ?…
G.P. : Les projets ne manquent pas. Ils s’inscrivent tous dans une thématique qu’au Centre d’histoire de Sciences Po nous avons intitulée « Société, violence et guerre dans le monde contemporain ». Au passage, et c’est de bonne guerre si j’ose dire, permettez-moi de vous signaler la parution dans l’intéressante collection « Texto » des Editions Tallandier, le 14 mai dernier, d’un livre dont je suis très content. Il s’agit d’une anthologie bilingue des plus grands discours prononcés par Winston Churchill juste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale .
Mais revenons à mes projets. Bruno Cabanes et moi allons poursuivre nos travaux sur les « sorties de guerre », travaux dont nous avons tiré un dossier présenté dans le n°3 de la revue Histoire@Politique. Politique, Culture et Société du Centre d’histoire. Nous commencerons par publier aux Editions Tallandier, au début de l’automne prochain, les actes du colloque international sur « Le retour à l’intime au sortir de la guerre. De la Première Guerre mondiale à nos jours » que nous avons organisé au Centre d’histoire en juin 2008. Puis nous reprendrons notre séminaire de recherche. Nous avons également entrepris de préparer un nouveau colloque qui se tiendra en juin 2011.
De mon côté, et en lien avec ce que je viens d’évoquer, je vais continuer à travailler sur l’histoire et la mémoire de la Résistance intérieure et de la France Libre, ainsi que du gaullisme de guerre. Pour différentes raisons, il ne m’est pas possible d’être très précis. Mais je mettrai notamment l’accent sur l’expérience concrète, individuelle, des tenants du « non », qu’ils aient été français ou étrangers au service de la France, pendant les années noires et en sortie de guerre.
Comme vous le voyez, il y a du pain sur la planche. Aussi vais-je me permettre, en guise de conclusion, de paraphraser le général de Gaulle : « Les raisonnables ont duré. Les passionnés ont vécu ! Vive la vie !… »













