« Les Langlois – Une famille au service de la France du Second Empire à la Cinquième République »

par Yves-Michel Langlois

Éditions L’Harmattan, 215 pages, 22,50 €

Lorsqu’en juin 1940, la France est défaite par l’Allemagne nazie, que le maréchal Pétain s’engage dans la voie de la capitulation et de la collaboration et que tout semble perdu, Yvonne Langlois et les siens ne renoncent à aucun moment à se battre pour la liberté jusqu’à la victoire.  C’est ce que raconte Yves-Michel Langlois, dans l’ouvrage qu’il consacre à cette famille animée d’un patriotisme fervent jamais démenti. Pas moins de sept de ses membres se sont en effet engagés dans la grande aventure de la Résistance, prenant souvent des risques considérables. 

Dans « Les Langlois – Une famille au service de la France du Second Empire à la Cinquième République », paru chez L’Harmattan, l’auteur, juriste et politologue, retrace ces destins exceptionnels et exalte leurs faits d’armes et leurs actions d’éclat. Illustré de nombreuses photos, de fac-similés de lettres, de documents officiels français et britanniques, l’ouvrage fait revivre la Résistance intérieure, en dehors des réseaux gaullistes ou du Parti communiste.

C’est dans les rangs du SOE (Special Operations Executive, Direction des opérations spéciales), que les Langlois sont entrés dans la Résistance active après avoir quitté Paris pour la zone libre, Antibes et la Côte d’Azur. Le SOE est un service secret britannique créé en juillet 1940 à l’initiative du Premier ministre Winston Churchill pour aider les mouvements de résistance à mener des actions de subversion dans les pays européens occupés par l’ennemi. La méfiance est souvent de mise entre le SOE et les gaullistes, le général de Gaulle ne voyant pas d’un bon œil l’engagement de Français dans un service placé sous commandement britannique sur le sol national. Et les relations sont difficiles avec le BCRA, le Bureau central de renseignements et d’action, unité de la France Libre créée par le colonel Passy. Toutefois il apparaît aujourd’hui que l’action du SOE a été décisive sur le terrain, notamment dans le parachutage de munitions et d’agents.

Deux figures se détachent particulièrement du livre d’Yves-Michel Langlois : celles de sa grand-mère, Yvonne Langlois, et de sa plus jeune fille, Marie-Reine, dite Manène. L’auteur parle avec tendresse et admiration de ces deux femmes qui l’ont élevé. Il évoque avec le même sentiment de fierté Aline-Juliette, sœur d’Yvonne, Jacques Langlois, son propre père, artiste dans l’âme et combattant de l’ombre au courage hors du commun ; Michel, son oncle, un dandy talentueux et nonchalant ; Suzanne, sa tante, et l’époux de celle-ci, Pierre Raynaud, agent secret qui deviendra un acteur important de la France-Afrique.

Agée de 50 ans en 1940, Yvonne Langlois n’accepte pas de vivre sous le joug allemand, elle dont la famille a été éprouvée par la guerre de 1914-1918. A Antibes, où elle s’installe au Chalet Mireille, boulevard du Cap, sa maison sert de boîte à lettres, de dépôt d’armes, de bureau clandestin et de refuge pour les agents clandestins britanniques. « Autant d’activités qui vous menaient tout droit – dans le meilleur des cas – devant le peloton d’exécution », écrit l’auteur. « Pour les autres, c’était la déportation ou la torture dans les sous-sols de la Villa Montfleury, à Cannes, le siège de la Gestapo d’où montaient, la nuit, des cris que tous les Cannois qui ont vécu cette époque ont encore vrillés dans les oreilles. »

Dans les pages de ce livre, on croise le philosophe Gilles Deleuze, ami de Michel Langlois ; Krystyna Skarbek, la belle espionne polonaise dont s’inspira Ian Fleming pour un personnage féminin de « James Bond » ; l’acteur Claude Dauphin, frère de Jean Nohain ; Pierre Viansson-Ponté, le patron du Monde, condisciple de Jacques ; la comédienne Danièle Delorme, dont le père, l’affichiste André Girard fonda le réseau CARTE qu’il anima avec André Gillois. C’est d’ailleurs par André Girard, voisin de la famille à Antibes, que les Langlois entrèrent dans la Résistance.

À la Libération, tous les membres de la famille seront justement récompensés pour leur courage et leur efficacité par la France et certains par la Grande-Bretagne. Mais après-guerre, leur vie sera marquée par les drames, les tragédies et les ruptures familiales. Suzanne et Jacques Langlois finiront par se suicider, eux qui, durant la Guerre, avaient si souvent défié la mort.

Philippe Goulliaud,
Journaliste

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