Quand Charles n’a pas été sage. Souvenirs de Marie-Agnès Cailliau, sœur de Charles de Gaulle, recueillis par Jean Mauriac. 

C’est à la Saint-Nicolas, le 6 décembre – fête du Nord et de l’Alsace – que nous recevions les cadeaux et non à Noël. Quels merveilleux souvenirs nous ont laissé ces fêtes ! La veille au soir, nous préparions des carottes pour l’âne de Saint-Nicolas et nous les disposions devant la cheminée du salon. Le lendemain, la porte était fermée à clé. Parents, enfants et domestiques, nous implorions : « Saint-Nicolas, rendez-nous la clé ! » La clé tombait alors comme par miracle au milieu de nous. La porte du salon s’ouvrait et nous nous précipitions en criant de joie. Nous trouvions sur les sièges les cadeaux portant nos noms : Xavier, Marie-Agnès, Charles, Jacques, Pierre.

Je me souviens spécialement d’une Saint-Nicolas ; Charles venait d’avoir cinq ans. Je n’en avais pas encore sept. Il avait demandé ce que nous appelions un « cheval-jupon » (dans un trou pratiqué dans le dos du cheval, l’enfant passait ses jambes qui étaient dissimulées par un volant). Il en rêvait depuis longtemps. Or mes parents avaient voulu le punir parce qu’il n’avait pas été sage. À la place du cheval-jupon, il avait trouvé sur un fauteuil une lettre de Saint-Nicolas lui expliquant qu’il n’avait pas de cheval-jupon parce qu’il ne l’avait pas mérité. Mais le message ajoutait qu’il l’aurait s’il était sage pendant un mois. Charles avait été alors le seul à ne pas avoir de jouet. Il en était mortifié et humilié. Le 1er janvier, nous avions de petites étrennes et à Noël, seulement un petit cadeau et un « crammick », sorte de pain aux raisins que ma grand-mère nous envoyait du Nord et qui avait vaguement la forme d’un petit Jésus.

Espoir n°39, juin 1982.