En ce 28 avril, honneur au général de Gaulle
par Jean-Marie Dedeyan, vice-président de la Fondation Charles de Gaulle
Il y a aujourd’hui cinquante-sept ans, le 28 avril 1969, le général de Gaulle quittait la présidence de la République. La veille, le 27 avril 1969, le peuple français, consulté par référendum, avait rejeté par 52,41% des suffrages le projet de loi relatif à la création des régions et à la rénovation du Sénat.
Fidèle à la parole donnée, le Général tira, sans attendre, les conséquences du résultat de ce suffrage. À minuit dix, depuis Colombey-les-Deux-Églises, il fit connaître au pays sa décision, en quelques mots dépouillés de tout artifice : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. »
Une triple leçon d’État à la France et au monde
Une leçon de dignité. Car l’homme du 18 Juin, le libérateur, le fondateur de la Ve République, acceptait de s’incliner devant la souveraineté du peuple. Il rappelait que nul n’est propriétaire de la charge suprême, et que la légitimité, en démocratie, ne se présume jamais. Elle se mérite, et se renouvelle.
Une leçon de désintéressement. En démissionnant, Charles de Gaulle plaçait la République au-dessus de sa personne, les institutions au-dessus de son destin, le service au-dessus du pouvoir. Il enseignait que la grandeur véritable ne consiste pas à se maintenir, mais à savoir partir.
Une leçon d’institutions. Dès Bayeux, le 16 juin 1946, il avait tracé la voie : « Il faut que le chef de l’État en soit un, fait pour servir et non pour se servir. » Vingt-trois ans plus tard, il appliquait cette exigence jusqu’au bout et son retrait du pouvoir le 28 avril 1969 prouve que chez lui la parole et l’acte ne faisaient qu’un.
Aujourd’hui encore, son héritage nous oblige.
Il oblige les Français, pour qui son nom demeure celui du recours, du sursaut, de l’unité dans l’épreuve. Au-delà des clivages, il incarne l’idée qu’une nation ne vit que par la volonté de ceux qui la servent.
Il parle aussi aux étrangers. Partout où des peuples cherchent à concilier liberté et autorité, souveraineté et solidarité, l’exemple gaullien demeure. Celui d’un chef qui ne transige ni avec l’honneur, ni avec l’indépendance, ni avec la parole donnée et qui a su montrer que la France avance lorsqu’elle décide de se tenir debout.
Se tenir debout, c’est d’abord choisir l’indépendance
De Gaulle a traversé des tempêtes où tout semblait perdu. Il a compris une chose essentielle un pays qui dépend des autres pour penser, produire, décider ou se défendre n’est plus vraiment maître de son destin. Aujourd’hui, cette leçon vaut pour l’énergie, pour le numérique, pour l’industrie, pour l’information. Elle vaut pour chacun d’entre vous.
L’indépendance, ce n’est pas l’isolement. C’est la capacité à dire : « Nous décidons nous-mêmes de ce que nous voulons devenir. »
Se tenir debout, c’est refuser la résignation
De Gaulle n’a jamais accepté l’idée que la France serait trop faible, trop divisée, trop fatiguée. Il croyait à la capacité du pays à se relever, encore et toujours.
Nous vivons dans une époque où l’on nous répète souvent l’inverse : que tout serait trop tard, trop compliqué, trop bloqué. Mais l’histoire française dit autre chose. Elle dit que chaque génération a trouvé sa manière de relever le pays.
Se tenir debout, c’est regarder loin
De Gaulle pensait en décennies. Il savait que les grandes choses ne se font pas dans l’immédiateté, ni dans le bruit, ni dans la précipitation. Or les défis qui viennent (cohésion sociale, réindustrialisation, nouvelles technologies, souveraineté) exigent autre chose que des solutions rapides. Ces défis exigent une vision. Et cette vision, c’est aux jeunes générations de la formuler sans négliger les enseignements du présent et du passé.
Se tenir debout, c’est servir quelque chose de plus grand que soi
De Gaulle n’a jamais parlé de lui. Il parlait de la France. Il parlait du bien commun. Il parlait de ce qui dépasse les intérêts particuliers. Demain, il faudra aller plus loin : transformer l’engagement individuel en projet collectif, transformer la bonne volonté en action durable, transformer l’indignation en construction.
Se tenir debout, c’est croire en la jeunesse
De Gaulle disait que la France « n’est vraiment elle-même qu’au premier rang. » Ce premier rang, ce n’est pas une question de puissance. C’est une question d’exigence. Et cette exigence, il la plaçait dans la jeunesse. Dans sa capacité à voir clair, à refuser les fatalités, à inventer des chemins nouveaux.
Alors, que retenir de Charles de Gaulle pour construire la France de demain ?
Retenir que la France n’est jamais condamnée. Retenir que la volonté peut tout changer. Retenir que l’unité n’est pas un mot ancien, mais une nécessité moderne. Retenir que la grandeur n’est pas un luxe, mais une direction. Retenir enfin que chaque génération a un rendez-vous avec l’Histoire.
Alors, jeunes de France, ne vous demandez pas seulement ce que le pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le pays que vous allez recevoir en héritage. Et surtout ce que vous voulez en faire. L’avenir n’attend pas. Le vôtre approche. Il ne ressemblera à aucun autre. À vous de le saisir. Il demandera du courage, de la lucidité, de la fraternité, et cette part d’audace qui fait les grandes aventures collectives.
Le général de Gaulle n’a jamais cessé de combattre le populisme et le racisme, de promouvoir la solidarité nationale, de conjuguer liberté économique et progrès social, d’encourager la participation, de rechercher l’intérêt de la France dans le constant souci de son indépendance et de sa position en Europe et sur la scène internationale.
Cinquante-sept ans après, on ne peut que s’incliner devant la mémoire de ce serviteur de la France. Que son exigence nous inspire. Que son exemple nous guide. Que son sacrifice pour le Bien public nous rappelle que la politique, dans sa forme la plus haute, est un sacerdoce.