Cinquantenaire de la disparition d'André Malraux

Qui était André Malraux ?

André Malraux (1901-1976) fut tout à la fois romancier, critique d’art, combattant et ministre visionnaire. Très tôt, il fait entendre une voix singulière : il publie essais et écrits surréalistes avant d’imposer une œuvre romanesque où l’homme affronte les épreuves du combat et de la révolution.

À partir des années 1940, ses écrits se consacrent essentiellement à l’art, voyant dans son histoire une aventure spirituelle collective, et annonçant, avec son « Musée imaginaire », la force des images à façonner notre culture. Anticolonialiste, antifasciste, résistant sous le nom de « Colonel Berger », il soutient jusqu’au bout les causes de libération.

Aux côtés du général de Gaulle, dont il fut l’un des plus fidèles compagnons, il incarna une éloquence rare, vibrante, dont les grandes allocutions demeurent gravées dans la mémoire collective. Premier ministre de la Culture, il transforma durablement la France : monuments restaurés, Maisons de la culture, soutien au cinéma, à la musique, aux artistes. Humaniste ardent, il fit de la culture une conquête universelle et émancipatrice. En 1996, André Malraux entra au Panthéon.

Le rôle de Malraux dans la Résistance est parfois contesté. Qu’en est-il réellement ?

L’engagement d’André Malraux précède la Résistance. Il a été le pionnier français dans la lutte antinazie en allant avec André Gide à Berlin en 1933 – juste après l’élection de Hitler – afin de demander la libération de Georgi Dimitrov, accusé de l’incendie du Reichstag, siège du Parlement allemand. Cet événement avait été exploité à des fins politiques par les Nazis qui l’avaient et attribué à un complot communiste.

En juillet 1936, André Malraux organise l’escadrille España, comptant moins de vingt avions, qui prend le nom de l’Escadrille André Malraux. Il combat jusqu’au mois de février 1937 aux côtés des Républicains espagnols contre le fascisme. Cette même année, il se rend aux Etats-Unis pour récolter des fonds pour les hôpitaux espagnols.

Dès les premiers jours du conflit mondial, Malraux regagne Paris et s’engage dans les chars de combat à Provins. Blessé, il est interné dans un camp de réfugiés près de Sens et s’en évade en octobre 1940 pour se réfugier dans le midi. Là, il travaille à La Lutte avec l’Ange qu’il refuse de publier sous le régime de Vichy. Son roman paraîtra en Suisse en 1943, puis après la guerre en France sous le titre Les Noyers de l’Altenburg.

Au printemps 1944, ses frères Claude et Roland sont arrêtés. André Malraux s’engage alors dans le combat. Passé dans la clandestinité, sous le nom de Colonel Berger, il prend rapidement ses fonctions dans le Sud-Ouest. En juillet 1944, il tombe face à une colonne blindée allemande. Malraux est fait prisonnier par les Allemands et transféré à Toulouse. Il sera libéré de la prison Saint-Michel à la libération de la ville le 19 août 1944. Quelques jours plus tard, il prend la tête de la Brigade Alsace Lorraine (environ deux mille hommes), unité intégrée à la 1ère Armée française et que Malraux commande avec André Chamson et le colonel Jacquot. De septembre 1944 à février 1945, la brigade s’illustre à Bois-le-Prince dans les Vosges, à Dannemarie où il mène lui-même les commandes de la Brigade à l’Assaut de Balleraderf, à Strasbourg dont il défend le secteur sud contre les chars de Von Rundstedt, et à Sainte-Odile. André Malraux, pendant la Résistance, dira « avoir épousé la France ». Son engagement lui a valu la Croix de la Libération dès le premier trimestre de 1945.

Source : Musée de l’Ordre de la Libération

Malraux n’était-il pas avant tout un homme politique gaulliste ?

André Malraux, de sensibilité sociale et démocrate, fut l’un des plus fidèles compagnons du Général de Gaulle, qui disait de lui : « A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. La présence à mes côtés de cet ami génial, fervent des hautes destinées, me donne l’impression que, par là, je suis couvert du terre-à-terre. L’idée que se fait de moi cet incomparable témoin contribue à m’affermir. Je sais que, dans le débat, quand le sujet est grave, son fulgurant jugement m’aidera à dissiper les ombres. » (Mémoires d’espoirLe Renouveau, Paris, Plon, 1970). La continuité de l’engagement de Malraux est à trouver dans l’idée de liberté : contre les oppressions, pour la libération.

Malraux était-il un homme de contradictions, parfois mégalomane ?

Comme tout grand personnage, André Malraux était complexe. Sa vie personnelle a été marquée par des drames intimes et une intensité rare. Mais c’est justement cette tension entre fragilité et grandeur qui nourrit l’œuvre et l’action. Ce qui compte aujourd’hui, c’est son héritage vivant qui nous rassemble et incite à prendre de la hauteur dans notre regard sur notre société et notre destin, en tant qu’individus et en tant que citoyens.

Malraux a-t-il volé des sculptures au Cambodge ?

A l’âge de 22 ans, André Malraux a été impliqué dans une expédition dans la jungle alors indochinoise, qui avait pour objectif de récupérer des statues dans un temple méconnu et de les vendre à son retour en Europe. Arrêtés à Phnom Penh par l’administration coloniale, André Malraux et les membres de cette expédition sont condamnés.

Clara Malraux, la jeune épouse d’André, n’est pas inculpée et rentre en France. Elle mobilise les intellectuels pour obtenir la libération d’André : ils sont nombreux à signer la pétition, entre autres Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide, Jean Paulhan et Max Jacob.

Aujourd’hui, cet épisode de la vie d’André Malraux, à replacer dans son contexte, est l’occasion de discussions fertiles. C’est en tout cas un moment décisif pour l’engagement politique d’André Malraux qui retourne en Indochine pour lutter contre le colonialisme. Cet événement a aussi déclenché chez lui une passion pour les arts non-occidentaux et un profond respect pour les civilisations du monde. C’est de cette expérience que naîtra La Voie royale et, plus largement, son paradigme du dialogue interculturel. En aucun cas la vie et l’œuvre d’André Malraux ne sont réductibles à cet épisode, qu’il a par la suite assumé et expliqué.

Ses Maisons de la culture n’ont-elles pas été des échecs, réservées aux élites ?

Les Maisons de la culture étaient une grande innovation, portée par le souhait de mettre fin aux « déserts culturels » en France. Si elles ont parfois rencontré des limites, elles ont surtout ouvert la voie à la démocratisation culturelle. Elles ont créé un réseau qui a ensuite évolué en scènes nationales, réseau qui structure encore aujourd’hui la vie culturelle française. Sur ce point, entre autres, André Malraux a été pionnier en posant les fondations.

André Malraux a-t-il fait preuve d’autoritarisme et d’ingérence en limogeant le directeur artistique de la Cinémathèque française, Henri Langlois, en 1968 ?

André Malraux et Henri Langlois avaient une relation d’admiration mutuelle. André Malraux avait donné à Langlois les moyens d’une cinémathèque française digne de ce nom. Depuis 1959, la subvention de fonctionnement avait augmenté de plus de 50 %. Une salle de projection moderne, celle du Palais de Chaillot, avait été construite. Des crédits de tirage de copies avaient été accordés. L’ensemble de la dépense publique s’élevait à vingt millions de francs en dix ans.

Mais en février 1968, les représentants de l’État au conseil d’administration de la Cinémathèque – association subventionnée – retirent sa direction artistique à Henri Langlois. André Malraux, ministre, est en effet garant des deniers publics : il reproche à Langlois une gestion hasardeuse et des collections mal tenues et mal conservées. Les cinéastes membres du conseil, dont François Truffaut, constituent un comité de défense qui rassemble acteurs et intellectuels du monde entier et prend vite une tournure politique.

Le 22 avril, en guise d’apaisement, la Cinémathèque rétablit Henri Langlois dans ses fonctions. Mais l’épisode accélère la mise en place d’un service d’archives du film au sein du CNC (1969) et du dépôt légal pour les films (acquise en 1977).

André Malraux était-il communiste ?

Immense conscience du XXème siècle, Malraux n’a pas été communiste. Anti-conventionnel, anti-bourgeois, il n’a pas adhéré au principe de la lutte des classes. Pourtant, de la naissance du Front Populaire à la guerre d’Espagne, André Malraux est de tous les grands rassemblements. On peut d’ailleurs lire ses notes dans l’ouvrage Carnet du Front populaire.

Même si Malraux a participé au premier congrès des écrivains soviétiques, à Moscou en 1934, il n’a finalement été qu’un compagnon de route de la IIIe Internationale, de 1932 à 1939 environ. Plus tard, il affirma : « Je n’ai jamais appartenu au parti communiste mais j’ai été président du Comité mondial antifasciste et suis allé (heureusement) porter à Hitler, avec Gide, les pétitions de protestation contre la condamnation inique de Dimitrov pour l’incendie du Reichstag.»

Source : André Malraux, «Les intellectuels et le communisme. Un dialogue d’André Malraux et de James Burnham», Le Rassemblement [Paris], n° 52, 17 avril 1948, p. 3. Troisième partie du dialogue Malraux-Burnham.

La Commission nationale

André Malraux par Jean Mounicq (Paris 1967)

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André Malraux par Jean Mounicq

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